Âme-loup

Oui, nous allons revivre tous ensemble dans le cycle
de quatre saisons,
quatre saisons dansant une ronde enfantine
et à nous, au centre, les bras tendus
avec ou sans bandeau sur les yeux,
à nous de choisir une impulsion nouvelle…
J’ai choisi cette photo car j’aime le regard des animaux
j’aime l’idée qu’il faut du temps pour s’approcher l’un, l’autre
s’accorder comme une présence,
approcher l’espace de l’autre,
et laisser du temps pour être accepté, reconnu…
Quelle est notre première intuition face à l’autre ?
avant même de réfléchir, quelle est la voix du cœur ?
le cœur fait d’une même essence
que le regard de l’animal…
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Image

C’est peut-être le seul symbole, la seule image
pliée soigneusement dans un lin par chaque génération
et confiée à la nouvelle, avec ces mots :
« Tenez. Nous, nous n’avons pas réussi,
faites en bon usage, essayez d’aller plus loin… »
Mais il y a la vie, et les anciens ont fait ce qu’ils ont pu,
arriver vivant jusqu’au soir, tenir son feu…
Enlevons les symboles de cette image, la tenue,
les gestes, alors, nous voyons un homme.
Nu et muet…
Souvent il montre son cœur,
il a alors tout dit, c’est tout et ça suffira.
Non, il n’y a pas besoin de… réussir
juste à regarder dans chaque feuille de chêne,
dans chaque flaque d’eau, un écho
qui n’est pas dans les livres ou l’ascèse,
je ne sais pas, et c’est bien comme ça…
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Conte de Noël

Il n’y avait de neigeux que le pelage de ce grand chien blanc, perdu au milieu d’une rue piétonne,
bousculé par les pas rapides, les sacs de course
et ne comprenant pas vraiment le français quand…
il est dépossédé de mots gentils, d’expressions douces…
Alors le grand chien blanc se disait qu’il fallait faire
quelque chose qui intéresserait ces humains
aux vêtements luisants et aux coiffures compliquées…
Il ne connaissait qu’une seule chanson,
une chanson sauvage,
celle de ses ancêtres aux yeux perçants
à la fourrure grise et fauve
et aux dents de phosphore…
mais sa chanson se heurta aux roues
et au vacarme des maisons de métal…
Il n’amusa qu’un petit chien, futé et enjoué
voyant ce gros chien désabusé et lent,
il l’harnacha d’une corde et le fit trotter,
bon bonhomme blanc précédé d’un lutin
aux oreilles papillon…
La rencontre aurait pu en rester là
mais des jours et des jours de fugue
à traverser les champs, les zones
dangereuses…
et enfin, l’immense forêt de neige, enfin
et les deux chiens, ivres de neige
et de visions de lièvres polaire
reçus avec chaleur et affection
dans le plus lointain des villages,
ou la chanson Sauvage et envoûtante
fut accueillie par le feu des regards
comme le plus beau des cadeaux

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CONTE DE DÉCEMBRE

10
Aux portes de l’enfer boréal, il reste ce vieil homme qui vit dans la taïga. Un des derniers chrétiens de la vieille foi, exilé avec d’autres familles au plus loin de l’hiver…
En ces jours où la lumière se replie sur elle-même et fait tinter le cristal de nos cœurs, je l’entends parfois. Comment va-t’il ce lointain frère d’un autre temps ? Comment fait-il pour supporter une solitude aussi immense ? Comment se suffire de la visite furtive d’un ours ou d’un loup ?
Ces gestes sont lents près du minuscule âtre où la suie à noirci les poutres, les icônes, le maigre outillage.
« Je ne connais qu’un seul geste de survie, celui d’allumer une bougie en pensée, au milieu de ma poitrine, quand vient le moment de m’endormir… Ce seul talisman m’accorde les faveurs du Seigneur de l’hiver qui a pitié de moi, pour l’instant ma flamme est plus puissante que son souffle… »

Lettre à Féodor

L’auteur ne l’a pas connu, mais son sang coule dans ses veines et le sang de son histoire aussi…
Une famille et un bonheur simple, tout le temps que ça dure, et puis, comme le dernier soir d’une semaine de fête, une mélancolie s’installe. La lumière qui décroit fait partir les amis, les couleurs. Il est parti aussi.
Dans la maison, il a laissé jusqu’à son nom comme un vieux linge qu’on ne veut plus mettre puis il a traversé les champs, les plaines immenses, trébuchant.
Amaigri, c’est chargé d’un jouet de bois sous le bras qu’il se présentait dans les villages, dormant dans les églises, les mairies, jusqu’à ce qu’on ait besoin d’un menuisier.
Le temps passe, les hommes rient et boivent mais il y a cette vieille femme qui ressemble à sa mère et dans ses regards noirs, elle semble lui dire « pourquoi tu as fait ça ? Hein ?pourquoi toi tu pars toujours ? Et elle et les enfants ? Qu’est-ce que toi faire maintenant ? »
Il y a des jours durant où Feodor reste muet, inconsolable, mais il sculpte et peint ses jouets et quand approche enfin Ederlezi, la fête des lumières, il offre aux enfants ses bateaux de bois, charriant une bougie sur le fleuve qui rit enfin…
(Photo : Manuel Gipouloux)
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Aimer

Au hasard des boîtes à livres des quais de Seine, j’ai acquis cette photo.
J’ai suspendu cette rêveuse dans sa forêt de sapin au plus haut d’une poutre de mon salon. Comme une cage d’oiseau.
L’un, l’autre, nous partageons nos chants timides.
« Cherche en toi la plénitude, ne te perds pas à l’extérieur… », j’en veux à ces gens qui m’ont asséné cette phrase à tout va, me dit-elle…
« Je veux aimer, être aimée et partager. Le reste ne m’ouvre plus le cœur… »
« Je suis un être humain, je n’ambitionne pas autre chose… »
C’est une sœur de pensée.
Dans le bois, j’entend le battement d’ailes des passereaux…

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Vivre

Il jouait sur la berge, courbé sur son instrument et nourri à son seul centre, comme le tout premier brin d’herbe.
Les gens passaient et se rendaient bien compte qu’il ne jouait qu’une seule mélodie, écholalie de son âme où les cordes de sa guitare se demandaient même où il voulait en venir. Comme un cheval qui s’inquiète de son cavalier qui ne s’arrête jamais…
Les uns agacés, le maudirent. Les autres, fascinés, l’érigèrent en modèle : »Voyez, voyez tous, comme cet homme est sur le chemin, celui de se connaître soi-même ! ».
Et là, au beau milieu de ce bon peuple, il se leva, jeta sa guitare fatiguée qui se rompit lamentablement et s’éloigna du groupe…
« Reviens. Ne nous laisse pas, nous avons tant à apprendre de toi. Toi, riche de tout une vie intérieure ! »
 » Non, je sais trop ce que ça fait, je veux vivre maintenant, vous comprenez, je veux V-I-V-R-E »
Il ne revint jamais. Sur le port, des silhouettes hallucinées courbées dans les gravats, cherchaient des reliques de son instrument…
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