Archive for juin 2013

CHORAL

CHORAL

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As-tu entendu le choral de pierre fendre ?
Loin du tumulte des grandes villes,
Des salons et des théâtres,
Et de ces murs où il n’aurait de place.

C’est une mélodie étrange
Filigranée dans un suave tissu de brume,
Farouche comme l’ortie,
Brillante comme une fougère de glace.

S’immisçant derrière le chant des grillons
Sous un chemin bleu nuit d’étoiles frémissantes,
Peut être entendras-tu…

Laisse alors monter ce chant.
Ce chant qui dessine des yeux
Sur l’écorce d’un ancien silence.

 

BLEU NUIT

BLEU NUIT

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Au son de la cloche je me réveillais

Tocsin de forme limpide et bleu nuit,

Image de la région des songes…

 

Je descendais l’escalier en pas de vis

Me retrouvant ainsi dans une cour

Où un cèdre magnétique tirait vers lui

La lame des blancs rayons de Diane.

 

Des chants je me rapprochais,

Mélodies serpentines et discordantes

Jointes par l’humble corde de récitation…

 

Puis les vitraux devinrent muets,

Et les bougies se recueillirent,

Devant le rouge rubicond d’un tableau,

Le frêle soupir d’une statue de plâtre.

 

Des ombres éphémères flottaient dans les allées

Murmuraient à voix basse un prodigieux langage,

Laissant sur les dalles un nuage alchimique…

 

En haut dans la nef, voyageaient les Séraphins

Faisant se dresser les longues flammes des chandelles

Tandis que dans la crypte, en de fugaces arrangements,

S’alternaient ténèbres et lueurs bleu nuit.

 

 

 

 

 

 

  ELEVATION 

ELEVATION

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Il est de ces lieux promus à la tranquillité des siècles, indifférents à nos agitations comme aux affres de notre avenir commun.

Je découvris, un jour d’automne, cette chapelle troglodytique perchée sur un coteau de Loire, pommelé de verts et de rouille.

L’entrée, cachée par une frondaison de lierre et de laurier, ouvrait son huis grinçant sur un jardin de ruines où les fougères avaient fait leur nid dans des tombeaux, assouvis de silence et de chants d’oiseaux.

Quelques marches,

 puis la grande salle sous le frontis de la roche,

soutenue par des colonnes en épi.

Un autel.

 Noble d’épure et d’austérité.

Le Christ sur la voûte,

dans une mandorle ocre et rouge.

Un ermitage.

Pour les pierres et les chélidoines,

les passereaux et les musaraignes,

la pluie et les étoiles du givre…

Qui y a-t-il ici, si ce n’est

la Grâce ?

OKEANOS

OKEANOS

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Au plus profond des océans vivent des poissons

aux masques inquiétants ;

fruits d’une éternité de ténèbres et de silence

à errer dans l’inconscient de la Terre,

qu’ils traversent en images furtives et phosphoriques.

Formes des premiers âges, recluses dans la nuit abyssale

mais dignes éléments de la psyché terrestre.

 

Plus haut vers la lumière,

les baleines glissent et ondulent dans les cieux aquatiques

qu’elles ensemencent de chants

d’une étrange gaieté.

Ondes bleues, vaguelettes vertes,

houles grises assiégeant le granit acéré.

 

Effrayants seraient les océans s’ils ne pensaient pas.

 

Le vent s’engouffre dans les coquillages

et vient se lover dans leurs enroulements

comme dans un dédale de marches

où les méandres descendraient jusqu’au centre de la terre

en un cycle perpétuel.

GAÏA

 GAÏA

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Après des siècles d’airain,
Le tumulte enfin, s’est apaisé.

Une fine poussière ocre s’est figée sur les statues,
Chahutée ça et là, par une brise cabotine ;
Une rumeur d’océan.

Les quelques personnes se sont rassemblées,
Puis, doucement, elles ont descendu les degrés
Vers Notre Dame de Sous Terre.

Dans la crypte, l’éternité est somnolente,
Réveillée de temps à autre par la chute d’une goutte d’eau,
D’un fil qui se casse pour libérer une étoile ;
Du pinceau de la Vierge vernissant la nuit…

Un homme marche,
La cathédrale s’ouvre comme une immense cage thoracique,
Ramifiée de liserons
Tapissée de feuilles d’or ;
On entend ses pas sur le sol dallé.

Demain le rideau se lèvera sur une aube rougeoyante
A l’œil d’or et aux plaines
Fleuries de bisons,
Ce sera le nouveau monde.

AUBE

AUBE

Bouddha

Mon œil de pierre s’ouvre sur le village
La poussière de l’aube y est rose et orangée
Scintillant sur les maisons aux toits cornes de buffle,

Le coq nain parade sur les terrasses
Et la brise agite les tubes de bambou
Palabrant en sons grêles au souvenir de l’eau,

Femmes et hommes affairés
Chétives marionnettes d’un théâtre sans cesse joué,
Annoncé par le gong mille fois retentissant.

Un vieillard est à mes pieds qui médite
Sa posture est semblable à la mienne,
Miroitante et claire est son eau…

D’autres esprits,
Infestés par les larves de moustiques
Attendent la salamandre géante,
Dévoreuse et rédemptrice…

Le chœur des gibbons couronne la canopée
Puis se tait quand le tigre passe,
La lune doucement, s’évapore…
Ne reste que la vision de l’œil fermé.