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Il marchait sur les pavés d’un port breton,
L’œil vide et le corps libre comme une voile.
« Marche petit homme », se disait-il, en traversant
Les champs tirés au cordeau ;
Gardant un œil sur la petite ourse
Et accrochant d’une main le fil invisible
Qui le reliait à l’étoile polaire
Comme un enfant à son ballon.

Les nuages appuyaient sur les champs d’orge
Et dans les rafales de vent grisâtres,
l’air sentait le varech.

Les nuits, il dormait dans les granges,
près des premières forêts de conifères
ou s’abritait sous un arbre,
le froid mordant comme une épée.

Les fleurs se raréfiaient à mesure qu’il progressait vers le nord
et entre deux rochers, il s’allongea
près de celle qui semblait bien être la dernière
avant le grand désert, la neige…

Sur le dernier port, quelques marins virent arriver
cet homme au visage de Christ
et à la barbe de cristaux de givre.
Il voulait un frêle esquif pour atteindre une île
que personne ne connaissait.

Alors les vagues lui semblèrent un gigantesque arpège,
l’onde immortelle d’un son primordial.
Peu à peu il glissa en des contrées inatteignables hors du rêve
et même la brume ne pu le suivre…

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