NAISSANCE D’UN FAON

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Ursael est né le jour où le vent s’amusait à épouvanter les lointains

Et à courber les peupliers en riant.

Dans les haies, les trognes, ainsi que des sentinelles,

Arboraient une écorce cendrée parcheminée de visages aigres et facétieux.

 

La mère s’est laissée guider au fond d’un ravin,

Au couvert de bouleaux et de nerpruns aux doigts acérés.

Tremblante et le visage fripé comme son enfant,

De son œil de lune et de nuit, une lueur de chandelle

Vacille en une offrande absolue.

Le petit, encore nimbé du Mystère,

Enfoui sa tête dodelinante sous le ventre de la mère,

Le dos et les pattes agités de spasmes.

 

La nuit tombe, le duvet des clématites sauvages

Forme ses essaims neigeux au dessus de la litière.

Il se dresse bientôt sur ses sabots luisants,

S’aventure sous le houx qui lui offre son baptême.

 

Maintenant le vent s’engouffre dans les couloirs de la forêt,

Les châtaigniers geignent et le frontis  de la grotte

Arbore un rictus inquiétant.

 

Nature, le moment viendra où tu reprendras

Le corps de cet animal.

Puisses-tu laisser sur le manteau de l’univers,

La lumière vivace de son regard.