Archive for mars 2014

Chevalerie

CHEVALERIE

  

De quelle façon accosterons nous les rivages de l’Eternel ?

 

Titubant au sortir du fleuve,

Serai-je à même de me tenir debout

Et de marcher sur les grèves de l’immensité ?

 

Tel celui-ci, transi et chétif

Comme un agneau tombé de la vulve…

 

Ou cet autre, ahuri et rampant

Et d’aucun ne saurait dire s’il est vieillard

Ou naissant…

 

Tous riant de la surprise de leur corps effacé,

D’un je qui s’enroule dans les nuages

Et se perd dans les nimbes…

 

De cette étoffe unifiée

Descendrons alors de divins chevaliers,

Arborant de flamboyantes épées

Et portant le noble blason

Des fines enluminures de l’âme.

 

 

 

 

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La vie simple

LA VIE SIMPLE

Une seule ruelle, c’est là tout mon village.
Une arche de pierre surmontée d’une sorte de fenil,
Telle une grange en l’air…
Les oiseaux s’y blottissent.
Dans la paille, un couple de faisans, un canard…

De plain-pied est ma maison.
La porte, les fenêtres, le toit, tout a la forme de l’arche,
Le sol est un gaufrier de tommettes, de pavés.

Mon hibou est là,
Le bec lesté d’un mulot capturé,
Il dort à présent.

La cour est singulière, vaste puits de lumière
Ceinturé de niches et d’étables troglodytes,
C’est la fête aux hirondelles, aux lérots…

Je vais voir les voisins,
Parmi les oiseaux, les chants, la quiétude,
Nous mangeons, marchons, dormons,
Le temps s’écoule,
Peut-être même a –t-il tout à fait disparu…

Vous ai-je dit ?
Je garde des secrets jamais révélés de mémoire d’homme,
Je n’en ai jamais ouvert le coffre
Et ceux qui devaient venir l’enlever
Ne sont jamais venus…

Emmanuel Rousseau

La steppe blanche

 

LA STEPPE BLANCHE

  

 

J’ai vu dans la tourbière

Les plantes aux tiges dressées,

Soulevant avec grâce leur capitule

A la façon d’un cygne coiffé.

  

J’ai vu dans le train

 Où sommeillait un peuple harassé

L’incandescence rose émergeant

De la nuit des steppes.

  

J’ai vu des époques si lointaines,

Des contrées si secrètes,

A travers le fleuve boueux

Et écumant du temps.

  

J’ai vu le feu ravir les chandelles

Puis rougir les sabres,

Éclairer la suie des icônes

Et se répandre dans les bouleaux.

 

Maintenant la voie oblique,

Et doucement les rails s’effacent sous la neige,

Je descends vers mon royaume,

Vers le mystère et l’obscur

Des massives forêts…