CREME A LA VANILLE

Tout d’abord nous ne savions pas marcher,
Nous ne faisions que courir,
Poussant des cris hystériques
Dans la cour de la ferme

Il y avait l’épave du camion jaune pâle
~Magasins Lefroid~
~Bonbons Klaus ~
Avec le dessin d’un téléphone
Et quatre chiffres

Parfois un œuf sur les sièges
Que laissait une poule terrorisée
Par les gamins.

Le bouton d’or faisait une lueur jaune-vert
Sous le menton,
Concours de chansons naïves
Trop de soleil
Et acrobaties sur les vélos d’un autre âge

On nous envoyait chercher la crème à la vanille
Toute fumante sur le bord de la fenêtre.
Se retrouver seuls dans la cuisine nous troublait
Car le temps passait,
Le cœur cognait plus fort à chaque rencontre.

Puis les chemins se sont égarés
En aiguillages compliqués
Les vies se sont précipitées…

Un soir, sous les tilleuls de la place
Loiseau d’Entraigues,
J’ai croisé cette ancienne enfant que j’aimais,
L’automne montait comme une marée
Une plaie s’ouvrait dans mon souffle

J’allais mieux comprendre les arbres penchés…

Emmanuel Rousseau