A la fin des années 70, mon oncle et ma tante tenaient une poissonnerie rue du grand marché, juste en face de la rue du serpent volant.
C’était avant la réhabilitation de la place Plumereau qui n’était à l’époque qu’un parking,
et le vieux Tours savait alors prendre l’aspect d’un cloaque,
traversé par des clochards à la ceinture ficelle et au pantalon
trop haut…
Mon oncle, breton aux sourcils circonflexes, tonitruait dans
la rue même, et entraînait immanquablement parents et amis
« boire le canon » aux halles encore recouvertes d’ardoises.
Le verbe fort suffisait à assaisonner les pièces de viande au crochet et les poissons saisis d’hébétude hallucinée…
Noël, la poissonnerie devenait une immense papillote et chacun n’était plus que ventre et rire…
Je ne sais ce qu’il advint, le miroir de la rue à pivoté sur lui-même, emmenant tous ces gens.
Aujourd’hui, je regarde les marques sur les pavés, essayant,
sans trop y croire, d’y retrouver un témoignage intact de cette époque…
(photo : archives municipales)

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