J’aime les fantômes, ceux qui sont restés dans une fête perpétuelle, rechignant à repartir dans la nuit et le froid. on est bien chez Lautrec. Toulouse-Lautrec : un nom pour un champagne, comprenez-vous ?
Ici, nous tenons salon en retrait de la piste de danse, protégés par la barrière du promenoir, exquise assemblée de personnalités en même temps que zoo humain. Panthères rousses et dindons noirs à barbiche. Autour de la table mondaine des buveurs de liqueurs, des silhouettes aux lueurs de poissons abyssaux traversent l’aquarium des dorures et clairs-obscurs…
Ces femmes… au premier plan, il y a celle au masque de théâtre Nô japonais et au fond de la salle, la Goulue, elle-même, courtisant son chignon devant sa voisine, dans un va et vient de postures.
D’où viennent ces rires, ces tintements de verre au hasard d’une ruelle, d’une station de métro, d’une bouffée de soupirail ? il faut croire que le moulin rouge à continué la fête ailleurs…
(D’après « Au Moulin Rouge  » H. de Toulouse-Lautrec 1892)
Lautrec_at_the_moulin_rouge_1892