Archive for novembre 2019

Lettre à Féodor

L’auteur ne l’a pas connu, mais son sang coule dans ses veines et le sang de son histoire aussi…
Une famille et un bonheur simple, tout le temps que ça dure, et puis, comme le dernier soir d’une semaine de fête, une mélancolie s’installe. La lumière qui décroit fait partir les amis, les couleurs. Il est parti aussi.
Dans la maison, il a laissé jusqu’à son nom comme un vieux linge qu’on ne veut plus mettre puis il a traversé les champs, les plaines immenses, trébuchant.
Amaigri, c’est chargé d’un jouet de bois sous le bras qu’il se présentait dans les villages, dormant dans les églises, les mairies, jusqu’à ce qu’on ait besoin d’un menuisier.
Le temps passe, les hommes rient et boivent mais il y a cette vieille femme qui ressemble à sa mère et dans ses regards noirs, elle semble lui dire « pourquoi tu as fait ça ? Hein ?pourquoi toi tu pars toujours ? Et elle et les enfants ? Qu’est-ce que toi faire maintenant ? »
Il y a des jours durant où Feodor reste muet, inconsolable, mais il sculpte et peint ses jouets et quand approche enfin Ederlezi, la fête des lumières, il offre aux enfants ses bateaux de bois, charriant une bougie sur le fleuve qui rit enfin…
(Photo : Manuel Gipouloux)
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Aimer

Au hasard des boîtes à livres des quais de Seine, j’ai acquis cette photo.
J’ai suspendu cette rêveuse dans sa forêt de sapin au plus haut d’une poutre de mon salon. Comme une cage d’oiseau.
L’un, l’autre, nous partageons nos chants timides.
« Cherche en toi la plénitude, ne te perds pas à l’extérieur… », j’en veux à ces gens qui m’ont asséné cette phrase à tout va, me dit-elle…
« Je veux aimer, être aimée et partager. Le reste ne m’ouvre plus le cœur… »
« Je suis un être humain, je n’ambitionne pas autre chose… »
C’est une sœur de pensée.
Dans le bois, j’entend le battement d’ailes des passereaux…

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Vivre

Il jouait sur la berge, courbé sur son instrument et nourri à son seul centre, comme le tout premier brin d’herbe.
Les gens passaient et se rendaient bien compte qu’il ne jouait qu’une seule mélodie, écholalie de son âme où les cordes de sa guitare se demandaient même où il voulait en venir. Comme un cheval qui s’inquiète de son cavalier qui ne s’arrête jamais…
Les uns agacés, le maudirent. Les autres, fascinés, l’érigèrent en modèle : »Voyez, voyez tous, comme cet homme est sur le chemin, celui de se connaître soi-même ! ».
Et là, au beau milieu de ce bon peuple, il se leva, jeta sa guitare fatiguée qui se rompit lamentablement et s’éloigna du groupe…
« Reviens. Ne nous laisse pas, nous avons tant à apprendre de toi. Toi, riche de tout une vie intérieure ! »
 » Non, je sais trop ce que ça fait, je veux vivre maintenant, vous comprenez, je veux V-I-V-R-E »
Il ne revint jamais. Sur le port, des silhouettes hallucinées courbées dans les gravats, cherchaient des reliques de son instrument…
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Obscure forêt

Petit essai sur Halloween, hommage à la forêt…
A ceux, séduits par le grand simulacre d’imageries menaçantes et de fêtes éthyliques, qu’en est-il de votre vision de la grande Nature ? L’apanage de l’obscur n’est-il réservé qu’à des arrogances médiatisées ?
Dans un roman où Victor Hugo(*) nous parle de la pieuvre, il nous avoue avec effroi :  » Quand Dieu veut, il excelle dans l’exécrable.Le pourquoi de cette volonté est l’effroi du penseur religieux. Tous les idéals étant admis, si l’épouvante est un but, la pieuvre est un chef-d’œuvre. »
Ainsi, en cette période où la frontière entre le monde visible et invisible est si ténue, la forêt reste un des derniers sanctuaires pour s’initier à « l’autre temps », pour se mesurer à sa propre peur. La nuit. Et seul, bien entendu.
L’arbre est ce Christ roux, l’humus en est la crypte, le cri des bêtes, la psalmodie sur la corde de récitation du vent lointain.
La lune vous laissera imaginer les formes sur sa surface phosphorique mais restera intraitable. Sous ses rayons, la Nature renouvellera et détruira puissamment, dans une compréhension où le maître de l’hiver nous empêche l’accès…

(*) Les travailleurs de la mer950e78b701353a66d6723aa73358f02a

Labyrinthe

J’aime cette vision de l’homme s’éloignant de la Cité et pieds nus, s’apprêtant à traverser le désert, comme guidé par le cordon maternel d’une étoile.
Ici, parmi les cycles envoûtants des nappes de sons , une divinité égyptienne nous emmène dans un labyrinthe d’initiations, j’y vois les amantes de mes vies passées et futures. Le voile se lève et toutes ne sont que les différents aspects d’un seul et même être que je ne peux voir.
Toutes sont là, tenant un morceau de ma chair, dansant au sommet d’une frise. Hiéroglyphe gracieux et hypnotique…

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