Il jouait sur la berge, courbé sur son instrument et nourri à son seul centre, comme le tout premier brin d’herbe.
Les gens passaient et se rendaient bien compte qu’il ne jouait qu’une seule mélodie, écholalie de son âme où les cordes de sa guitare se demandaient même où il voulait en venir. Comme un cheval qui s’inquiète de son cavalier qui ne s’arrête jamais…
Les uns agacés, le maudirent. Les autres, fascinés, l’érigèrent en modèle : »Voyez, voyez tous, comme cet homme est sur le chemin, celui de se connaître soi-même ! ».
Et là, au beau milieu de ce bon peuple, il se leva, jeta sa guitare fatiguée qui se rompit lamentablement et s’éloigna du groupe…
« Reviens. Ne nous laisse pas, nous avons tant à apprendre de toi. Toi, riche de tout une vie intérieure ! »
 » Non, je sais trop ce que ça fait, je veux vivre maintenant, vous comprenez, je veux V-I-V-R-E »
Il ne revint jamais. Sur le port, des silhouettes hallucinées courbées dans les gravats, cherchaient des reliques de son instrument…
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