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Aux portes de l’enfer boréal, il reste ce vieil homme qui vit dans la taïga. Un des derniers chrétiens de la vieille foi, exilé avec d’autres familles au plus loin de l’hiver…
En ces jours où la lumière se replie sur elle-même et fait tinter le cristal de nos cœurs, je l’entends parfois. Comment va-t’il ce lointain frère d’un autre temps ? Comment fait-il pour supporter une solitude aussi immense ? Comment se suffire de la visite furtive d’un ours ou d’un loup ?
Ces gestes sont lents près du minuscule âtre où la suie à noirci les poutres, les icônes, le maigre outillage.
« Je ne connais qu’un seul geste de survie, celui d’allumer une bougie en pensée, au milieu de ma poitrine, quand vient le moment de m’endormir… Ce seul talisman m’accorde les faveurs du Seigneur de l’hiver qui a pitié de moi, pour l’instant ma flamme est plus puissante que son souffle… »