Archive for janvier 2020

Enfant je suis

« Many rivers to cross but I can’t seem to find, my way over… » (1)
Vivre pour être apprenti,
redoubler la classe tant et tant de fois…
finalement, renoncer à d’autres prétentions
puis trouver du charme à cette petite classe
que l’on connaît tant, cette école ancienne
qui nous rassure mais qui ne manque jamais
de raturer ce que nous venons d’écrire,
de reprendre ce que nous croyons savoir,
de confisquer nos livres et nous donner comme devoir
de traduire ce qu’à chanté le rouge gorge…
(1) Jimmy Cliff
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L’ongle du chamane

L’aube révèle en moi une nostalgie du fond des âges,
une ère où tout est soumis au règne intraitable de la forêt,
je suis proie et prédateur…
Mon œil est comme cerclé de fer,
la menace inonde l’écume de mes crocs
et ma plaie qui saigne m’étreint d’un doux vertige…
Des milliers de siècles suffiraient,
à faire naître des petits ou gratter la couche de glace.
mourir solitaire ou avancer…
Parfois sur le piton rocheux, j’aime fixer les étoiles,
je n’ai pas encore de questions,
seulement de la peur et des certitudes…
Mes yeux sont plus cruels que les ongles du chamane
mais le silence dans lequel je repose,
me comble de trésors de sagesse
qu’aucun homme de terre ou de mer ne pourra caresser…
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Âme-loup

Oui, nous allons revivre tous ensemble dans le cycle
de quatre saisons,
quatre saisons dansant une ronde enfantine
et à nous, au centre, les bras tendus
avec ou sans bandeau sur les yeux,
à nous de choisir une impulsion nouvelle…
J’ai choisi cette photo car j’aime le regard des animaux
j’aime l’idée qu’il faut du temps pour s’approcher l’un, l’autre
s’accorder comme une présence,
approcher l’espace de l’autre,
et laisser du temps pour être accepté, reconnu…
Quelle est notre première intuition face à l’autre ?
avant même de réfléchir, quelle est la voix du cœur ?
le cœur fait d’une même essence
que le regard de l’animal…
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Image

C’est peut-être le seul symbole, la seule image
pliée soigneusement dans un lin par chaque génération
et confiée à la nouvelle, avec ces mots :
« Tenez. Nous, nous n’avons pas réussi,
faites en bon usage, essayez d’aller plus loin… »
Mais il y a la vie, et les anciens ont fait ce qu’ils ont pu,
arriver vivant jusqu’au soir, tenir son feu…
Enlevons les symboles de cette image, la tenue,
les gestes, alors, nous voyons un homme.
Nu et muet…
Souvent il montre son cœur,
il a alors tout dit, c’est tout et ça suffira.
Non, il n’y a pas besoin de… réussir
juste à regarder dans chaque feuille de chêne,
dans chaque flaque d’eau, un écho
qui n’est pas dans les livres ou l’ascèse,
je ne sais pas, et c’est bien comme ça…
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Conte de Noël

Il n’y avait de neigeux que le pelage de ce grand chien blanc, perdu au milieu d’une rue piétonne,
bousculé par les pas rapides, les sacs de course
et ne comprenant pas vraiment le français quand…
il est dépossédé de mots gentils, d’expressions douces…
Alors le grand chien blanc se disait qu’il fallait faire
quelque chose qui intéresserait ces humains
aux vêtements luisants et aux coiffures compliquées…
Il ne connaissait qu’une seule chanson,
une chanson sauvage,
celle de ses ancêtres aux yeux perçants
à la fourrure grise et fauve
et aux dents de phosphore…
mais sa chanson se heurta aux roues
et au vacarme des maisons de métal…
Il n’amusa qu’un petit chien, futé et enjoué
voyant ce gros chien désabusé et lent,
il l’harnacha d’une corde et le fit trotter,
bon bonhomme blanc précédé d’un lutin
aux oreilles papillon…
La rencontre aurait pu en rester là
mais des jours et des jours de fugue
à traverser les champs, les zones
dangereuses…
et enfin, l’immense forêt de neige, enfin
et les deux chiens, ivres de neige
et de visions de lièvres polaire
reçus avec chaleur et affection
dans le plus lointain des villages,
ou la chanson Sauvage et envoûtante
fut accueillie par le feu des regards
comme le plus beau des cadeaux

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