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Jean

Jean…
J’aime ces êtres de bienveillance noble, révélateurs de notre intuitive fraternité qui est seule réelle, sauf si nous sommes déjà complètement pourris… Combien de fois j’ai eu l’impression de converser avec toi dans d’improbables lieu, la dernière : nous montons dans un taxi, puis rapprochons notre visage de l’homme à casquette se tournant vers nous et déclinons ainsi notre destination par ces motifs « En l’année 1977, s’il vous plaît Monsieur. Évitez les grands axes… »

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Ode à Vernon Subutex

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L’aube sent le pneu qui brûle
et le cliquetis nerveux secoue la bombe de peinture,
A Marcadet, les boulangers font des bâtards
et les maïs grillent dans les chariots de l’infortune…
Moi aussi, j’ai du te croiser, Vernon,
Dans l’insouciance en sursis des années 90
j’allais dans ta boutique, écouter « Mezzanine »
ou « Jazzmatazz Guru II »,
creuser la bande passante d’infra basses
et de boucles acides
« Equalize it » lisait-on sur nos t-shirts…
Chloé cherchait son chat quartier Bastille
je l’ai croisée lorsque le ciel diffusait « Glory box »…
Puis les choses ont changé,
les couleurs primaires de nos jouets d’enfants
se sont mutées en 1 et en 0,
j’aimerai encore m’asseoir à côté de toi,
te donner la moitié de mon sandwich,
on accepte mal de vieillir…
(Vernon Subutex est un roman Virginie Despentes)

Méditation du désert

Méditation du désert…
Le paysage est si démuni qu’il n’en resterait que le son, pour qui sait entendre le roulement du sable qui cède à regrets en une farine blanche et infertile.
Rien ne naîtra, la vie seule ne peut venir que du ciel en des fleurs de nuages et d’écumes, souvenirs d’une eau providentielle qui ignore la prière du feu et de la solitude des sables…
Il ne reste qu’une statue dans les grottes de la montagne d’ocre, veillant sur une goutte d’eau chutant tous les millénaires comme une respiration minérale, dans la vasque du temps,

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Conte de printemps

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Je continue un chapitre que j’avais laissé il y a longtemps, dans ma vie d’enfant, il faut croire qu’elle se prolonge un peu… A l’époque, les promenades signifiaient…aller dans les bois, c’était comme passer un gant de toilette sur les misères, serrer dans les bras un plus grand que soi.
Enchantés les houx, les silex, les mousses. Au sol, les corps éteints des feuilles de chênes s’enroulaient sous les pics luisants du lierre, les tiges des ronces surnageaient et nous tendaient des pièges, des collets.
Parfois, un bousier bleu de nuit pèlerinait sur ce champ de bataille immobile, croisant un iule (mille patte) imperturbable et ferroviaire. une mouche de Saint Marc frottait ses pattes devant son casque d’aviateur.
Des mésanges se répondaient : un mot, une virgule puis d’autres dialogues de loin en loin comme des points de couture de plus en plus espacés. Aboiement des chiens de ferme.
C’était une rafale de vent ou bien, un obscurcissement du ciel qui nous faisaient rebrousser chemin, les dieux du ciel ont toujours eu le dernier mot.

Chandelier

Des intuitions, puis des traditions, disent que l’homme serait l’intermédiaire entre monde créé et monde créateur, posé telle une bougie au centre d’un chandelier qui alignerait ses lueurs entre minéral, plante, animal, jusqu’aux archanges et au-delà…
Etre posé à la moitié du chemin, est déjà beaucoup,
Avoir accès à la moitié de sa vérité peut sembler suffisant
mais l’homme parle et parle encore,
de plus en plus vite et sans la source du silence,
recherche d’approbation…
Sans bruit, l’animal regarde « son maître »
qui ne sait plus son genre,
Il le regarde comme on regarde un tout-petit
qui ne veut pas céder au sommeil et s’agite…
J’aime à savoir que l »animal connaît
l’autre moitié de la vérité,
mais il n’a pas les mots…
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Disparu

Pourquoi diable changeons-nous ? Evidemment, cette question n’a pas vraiment de sens et n’est que le fruit d’une anxiété, celle de perdre la face, au sens propre et figuré…
Une rue de Tours, un samedi, la foule…
Il m’a appelé, s’est approché, enthousiaste,
mes oreilles se sont dressées, sous mes babines,
mes crocs en garde.
Bien sur, je me suis souvenu de lui, mais les quelques instants
de vertige qui font remonter l’époque sont restés orphelins…
Oui, il est prospère et heureux et c’est une belle lueur
qui l’anime, je lui parle,
mais je m’adresse à un porté disparu,
je ne retrouve pas l’autre.
Où vont nos doubles dans les dédales du temps ?
Où est celui ou celle, porteuse de cette vibration si particulière,
indestructible et éternelle, dans la voie lactée de notre vie intérieure ?…
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Vie sur Mars

Maintes et maintes fois, il n’aura fait que quitter son corps, l’œil s’ouvrant et se rétractant comme une nébuleuse dévoilant la blancheur de son torse androgyne pour l’honorer d’extravagances orangées, le saxophone à même la peau…
Bowie a peut-être fait de sa vie une offrande et après tout, y a t’il d’autres façons de vivre ? Déshabillant sa musique et son corps d’un même zip, pour réinventer encore et toujours la forme de l’humain, parcourant la longue zone post-industrielle entre dandy inquiétant et créature martienne buvant du lait, toutes ces zones de guerre truffées de mines où nous n’osons aller, David Jones l’aura fait pour nous.73321639_2474301069514386_4068675957483896832_n