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Moulin rouge

J’aime les fantômes, ceux qui sont restés dans une fête perpétuelle, rechignant à repartir dans la nuit et le froid. on est bien chez Lautrec. Toulouse-Lautrec : un nom pour un champagne, comprenez-vous ?
Ici, nous tenons salon en retrait de la piste de danse, protégés par la barrière du promenoir, exquise assemblée de personnalités en même temps que zoo humain. Panthères rousses et dindons noirs à barbiche. Autour de la table mondaine des buveurs de liqueurs, des silhouettes aux lueurs de poissons abyssaux traversent l’aquarium des dorures et clairs-obscurs…
Ces femmes… au premier plan, il y a celle au masque de théâtre Nô japonais et au fond de la salle, la Goulue, elle-même, courtisant son chignon devant sa voisine, dans un va et vient de postures.
D’où viennent ces rires, ces tintements de verre au hasard d’une ruelle, d’une station de métro, d’une bouffée de soupirail ? il faut croire que le moulin rouge à continué la fête ailleurs…
(D’après « Au Moulin Rouge  » H. de Toulouse-Lautrec 1892)
Lautrec_at_the_moulin_rouge_1892

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Berthe

En 1872, Manet peint à nouveau Berthe Morisot, une fois de plus, avant que les choses ne deviennent trop douloureuses pour un amour aveugle qui est resté sans voix…
Alors, avant de ne plus poser de regard sur lui, elle s’est laissée peindre au plus sombre de sa beauté, elle, ce coucher de soleil noir au visage si blanc…
Ce regard à la fois intense et absent protégé par les deux ailes de corbeau de la lourde chevelure. Distante, elle laissait au peintre son mutisme, l’opacité de son quant-à-soi…
La robe est sublime, mais Manet coupera le bas de la toile, peut-être gardait-il pour lui la réserve d’une pose allongée exclusive…
Ce visage en couteau, tourmenté de vie intérieure, belle, mystérieuse, je ne saurai dire… Mais magnifique, oui, assurément.manet-berthe-morisot-1873

Continvoir

L’ancien bâti des ports et varennes de Loire a eu ses lettres de noblesse et ses bergers de la pierre,
parmi eux, l’arrière grand-père, maçon de son état, santon de Provence à la ceinture de flanelle sombre, s’apprêtant avec ses hommes, à raviver le squelette d’une maison…
Navire de pierre où l’équipage bien souvent, restera sous le manteau de son village et s’il part, ce sera bien souvent pour de funestes raisons.
En attendant, chacun regarde l’objectif avec sérénité, légitimité, la posture traduit toute la dignité de chacun.
Visages fins et affairés ou bien, têtes gauloises, joviales et cuites.
Précédé par son ventre, le personnage de profil semble acquiescer au savoir-faire des hommes, bâtisseurs qui se succèdent dans l’impressionnant levain d’une lignée où chaque édifice est signé comme en bas d’un tableau.
Aujourd’hui, l’ancien café est à vendre, l’épicerie n’existe plus, on ne sait que faire du moulin en ruines, plus personne ne pose les pierres comme ça…
p1911 Chantier avec Maurice Pradel à Continvoir

Le cours de l’histoire

« Quelle vie ont-eu nos grands-parents entre l’absinthe et les grand’messes… » (Brel).
Il y eu ces jours où la journée se résumait à fabriquer du pain, ou à se résoudre à ce que notre propre existence ne changerait en rien le cours de l’histoire…
Que faire alors ? ne pas prétendre à être autre chose que ce que nous sommes. Il y aura du vin à tirer, des enfants à faire, du temps pour penser, être heureux ou accablé.
Aujourd’hui, peut-être n’aurions-nous rien à dire à ces gens…face à la parole abrupte, les visages de cuir et l’haleine animale nous resterions interdits, affairés à réussir notre destinée…
Eux, se sont arrêtés. Un pressoir fera l’affaire. ils ont trouvé fille et fils du ciel et de la terre au fond d’un godet, à quoi bon aller plus loin ?p1864-1931 René ROBIN 001

 

Diptyque

C’est un silence de grenier qui enveloppe ces portraits…
L’écho en est si atténué, la posture militaire nous en éloigne, les bouches sont si serrées, mais le regard est si perçant.
De l’une à l’autre, je vais essayer…

« le cœur battant, j’ai attendu ce garçon, incapable que je fus
de faire autre chose, simplement d’observer l’immuable progression de ce trou béant, dans ma poitrine.
Alors, mes yeux se sont retournés dans mon for intérieur et je vis comme on part au front, voyez cette ombrelle comme une épée et ma posture est celle d’une statue… »
« J’aimerai danser, avec ferveur et passion. Je suis lasse de ce village où les hommes s’expriment en borborygmes et jargon de métier et ou mes tantes ne pensent qu’à me préparer mon trousseau de casseroles. Je suis déterminée à présent, je vivrai comme vis l’oiseau. Voyez mon ombrelle comme une flèche et ma posture est celle d’un arc… »

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Luxembourg

Comme les autres, j’aurai déplié une chaise de brasserie et, au Luxembourg ou ailleurs, je me serai laissé à la vacance estivale mesurée…
on lit les nouvelles, elles ne sont pas bonnes mais que peut-il advenir ici, dans ce village d’âmes ? dans le bruit apaisant du gravier, cela n’aurait guère de sens…
Peut-être aurai-je été cet homme, jambes croisées, au visage épais évoquant on ne sait quoi de tzigane ou de russe, silencieux de surcroît, parlant mal la langue.
Ils sont passés devant moi, ce monsieur à la barbe Erik Satie et cette étrange dame aux yeux noirs de salamandre…
Je suis allé chercher la photo quelques jours après à la boutique. J’ai remarqué cet homme tout de blanc vêtu et ces personnages enfouis comme dans un tableau hollandais.
Un cliché pris quelque part, des fils tendus que firent sonner de leurs doigts tous ces gens, toutes ces époques, toutes ces histoires…
1930

Ode

Stabat mater dolorosa,
la bougie s’étiole, la verticalité se fige.
Les enfants, étrangers à ce qui se passe,
s’agitent sans fin en poussins cruels,
Mais l’écheveau est ce qu’il est,
le démêler chaque jour, sans relâche
et un jour, être traversé par une parole,
une lueur si forte, qu’on ne saurait la partager.

Le visage s’amincit,
appelé à disparaître derrière la chevelure,
non plus femme, mais archétype de femme
seule autorisée à entendre certaines paroles
de la terre, de l’univers et de l’insondable…stabatmater 001