Posts from the ‘Faubourgs et bois noirs’ Category

CREME A LA VANILLE

CREME A LA VANILLE

Tout d’abord nous ne savions pas marcher,
Nous ne faisions que courir,
Poussant des cris hystériques
Dans la cour de la ferme

Il y avait l’épave du camion jaune pâle
~Magasins Lefroid~
~Bonbons Klaus ~
Avec le dessin d’un téléphone
Et quatre chiffres

Parfois un œuf sur les sièges
Que laissait une poule terrorisée
Par les gamins.

Le bouton d’or faisait une lueur jaune-vert
Sous le menton,
Concours de chansons naïves
Trop de soleil
Et acrobaties sur les vélos d’un autre âge

On nous envoyait chercher la crème à la vanille
Toute fumante sur le bord de la fenêtre.
Se retrouver seuls dans la cuisine nous troublait
Car le temps passait,
Le cœur cognait plus fort à chaque rencontre.

Puis les chemins se sont égarés
En aiguillages compliqués
Les vies se sont précipitées…

Un soir, sous les tilleuls de la place
Loiseau d’Entraigues,
J’ai croisé cette ancienne enfant que j’aimais,
L’automne montait comme une marée
Une plaie s’ouvrait dans mon souffle

J’allais mieux comprendre les arbres penchés…

Emmanuel Rousseau

 

La vie simple

LA VIE SIMPLE

Une seule ruelle, c’est là tout mon village.
Une arche de pierre surmontée d’une sorte de fenil,
Telle une grange en l’air…
Les oiseaux s’y blottissent.
Dans la paille, un couple de faisans, un canard…

De plain-pied est ma maison.
La porte, les fenêtres, le toit, tout a la forme de l’arche,
Le sol est un gaufrier de tommettes, de pavés.

Mon hibou est là,
Le bec lesté d’un mulot capturé,
Il dort à présent.

La cour est singulière, vaste puits de lumière
Ceinturé de niches et d’étables troglodytes,
C’est la fête aux hirondelles, aux lérots…

Je vais voir les voisins,
Parmi les oiseaux, les chants, la quiétude,
Nous mangeons, marchons, dormons,
Le temps s’écoule,
Peut-être même a –t-il tout à fait disparu…

Vous ai-je dit ?
Je garde des secrets jamais révélés de mémoire d’homme,
Je n’en ai jamais ouvert le coffre
Et ceux qui devaient venir l’enlever
Ne sont jamais venus…

Emmanuel Rousseau

CHORAL

CHORAL

IMG_0260

As-tu entendu le choral de pierre fendre ?
Loin du tumulte des grandes villes,
Des salons et des théâtres,
Et de ces murs où il n’aurait de place.

C’est une mélodie étrange
Filigranée dans un suave tissu de brume,
Farouche comme l’ortie,
Brillante comme une fougère de glace.

S’immisçant derrière le chant des grillons
Sous un chemin bleu nuit d’étoiles frémissantes,
Peut être entendras-tu…

Laisse alors monter ce chant.
Ce chant qui dessine des yeux
Sur l’écorce d’un ancien silence.

 

BLEU NUIT

BLEU NUIT

 DIGITAL CAMERA

 

 

Au son de la cloche je me réveillais

Tocsin de forme limpide et bleu nuit,

Image de la région des songes…

 

Je descendais l’escalier en pas de vis

Me retrouvant ainsi dans une cour

Où un cèdre magnétique tirait vers lui

La lame des blancs rayons de Diane.

 

Des chants je me rapprochais,

Mélodies serpentines et discordantes

Jointes par l’humble corde de récitation…

 

Puis les vitraux devinrent muets,

Et les bougies se recueillirent,

Devant le rouge rubicond d’un tableau,

Le frêle soupir d’une statue de plâtre.

 

Des ombres éphémères flottaient dans les allées

Murmuraient à voix basse un prodigieux langage,

Laissant sur les dalles un nuage alchimique…

 

En haut dans la nef, voyageaient les Séraphins

Faisant se dresser les longues flammes des chandelles

Tandis que dans la crypte, en de fugaces arrangements,

S’alternaient ténèbres et lueurs bleu nuit.

 

 

 

 

 

 

  ELEVATION 

ELEVATION

 DIGITAL CAMERA

Il est de ces lieux promus à la tranquillité des siècles, indifférents à nos agitations comme aux affres de notre avenir commun.

Je découvris, un jour d’automne, cette chapelle troglodytique perchée sur un coteau de Loire, pommelé de verts et de rouille.

L’entrée, cachée par une frondaison de lierre et de laurier, ouvrait son huis grinçant sur un jardin de ruines où les fougères avaient fait leur nid dans des tombeaux, assouvis de silence et de chants d’oiseaux.

Quelques marches,

 puis la grande salle sous le frontis de la roche,

soutenue par des colonnes en épi.

Un autel.

 Noble d’épure et d’austérité.

Le Christ sur la voûte,

dans une mandorle ocre et rouge.

Un ermitage.

Pour les pierres et les chélidoines,

les passereaux et les musaraignes,

la pluie et les étoiles du givre…

Qui y a-t-il ici, si ce n’est

la Grâce ?