Posts from the ‘Poèmes pour la Terre’ Category

DESERTINA

DESERTINA  (Hommage à la chanteuse Lhasa)

J’attache mes cheveux
Puis je pars sur la route ardente,
J’y vois des tiges, des fougères
Et des fleurs
Et je bois leurs paroles qui me sont inconnues.

Les vagues se forment à l’horizon
Quand le ciel donne une forme au silence,
J’ondule tel un mirage
Pieds nus et sable brûlant.

Ma robe est froide
Et je sens une caresse sur l’épaule
Mais tu n’es plus là pour me porter.

Chaque nuée d’oiseaux s’élance de la dune
Et l’eau reflète leur cri sublime,
Je pointe mon couteau vers les rochers
Et la lame reflète d’étranges pensées.

J’aimerais regarder,
Mais on m’attend là-bas,
Là où les maîtres n’ont pas de nom…

Emmanuel Rousseau

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FONDAMENTALES REALITES

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FONDAMENTALES RÉALITÉS

I

Le visage émacié,
Une femme pleure son mari.
Dans les taillis,
Un rossignol chante au-dessus d’elle.

De jour comme de nuit,
Les amants s’étreignent
Et s’irise la lune
Blanchie des nuées d’automne.

Horloge affolée est le monde des hommes,
Clignotante de chiffres
Et de cruels engrenages.
Le criquet se repose,
Luisant sur le bourgeon
Et le sage contemple ses mains
Caressant les nuages.

 

 

II

La cité crache ses âcres fumées.
Terré dans son réduit nocturne,
Au-delà de l’égout et des tunnels ferroviaires,
Le mendiant écoute
Le chemin de l’argile
Où tournent les fossiles
A la manière de jouets d’enfants.

III

 

Elle pose sa main
Sur la joue du bien-aimé
Et dans le vert de son œil
Outre la couleur de son âme,
Elle voit les océans vainqueurs,
Les poissons s’illuminant
Et la flore sortir des eaux.

 

IV

 

L’insecte est guerrier,
Crochu et hideux.
Il n’est rien de tout cela
Pour le soleil…
Et lui et moi changeons de forme,
Au gré des constellations
De passage.

 

Chevalerie

CHEVALERIE

  

De quelle façon accosterons nous les rivages de l’Eternel ?

 

Titubant au sortir du fleuve,

Serai-je à même de me tenir debout

Et de marcher sur les grèves de l’immensité ?

 

Tel celui-ci, transi et chétif

Comme un agneau tombé de la vulve…

 

Ou cet autre, ahuri et rampant

Et d’aucun ne saurait dire s’il est vieillard

Ou naissant…

 

Tous riant de la surprise de leur corps effacé,

D’un je qui s’enroule dans les nuages

Et se perd dans les nimbes…

 

De cette étoffe unifiée

Descendrons alors de divins chevaliers,

Arborant de flamboyantes épées

Et portant le noble blason

Des fines enluminures de l’âme.

 

 

 

 

La steppe blanche

 

LA STEPPE BLANCHE

  

 

J’ai vu dans la tourbière

Les plantes aux tiges dressées,

Soulevant avec grâce leur capitule

A la façon d’un cygne coiffé.

  

J’ai vu dans le train

 Où sommeillait un peuple harassé

L’incandescence rose émergeant

De la nuit des steppes.

  

J’ai vu des époques si lointaines,

Des contrées si secrètes,

A travers le fleuve boueux

Et écumant du temps.

  

J’ai vu le feu ravir les chandelles

Puis rougir les sabres,

Éclairer la suie des icônes

Et se répandre dans les bouleaux.

 

Maintenant la voie oblique,

Et doucement les rails s’effacent sous la neige,

Je descends vers mon royaume,

Vers le mystère et l’obscur

Des massives forêts…

 

 

 

 

 

Naissance d’un faon

 

NAISSANCE D’UN FAON

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Ursael est né le jour où le vent s’amusait à épouvanter les lointains

Et à courber les peupliers en riant.

Dans les haies, les trognes, ainsi que des sentinelles,

Arboraient une écorce cendrée parcheminée de visages aigres et facétieux.

 

La mère s’est laissée guider au fond d’un ravin,

Au couvert de bouleaux et de nerpruns aux doigts acérés.

Tremblante et le visage fripé comme son enfant,

De son œil de lune et de nuit, une lueur de chandelle

Vacille en une offrande absolue.

Le petit, encore nimbé du Mystère,

Enfoui sa tête dodelinante sous le ventre de la mère,

Le dos et les pattes agités de spasmes.

 

La nuit tombe, le duvet des clématites sauvages

Forme ses essaims neigeux au dessus de la litière.

Il se dresse bientôt sur ses sabots luisants,

S’aventure sous le houx qui lui offre son baptême.

 

Maintenant le vent s’engouffre dans les couloirs de la forêt,

Les châtaigniers geignent et le frontis  de la grotte

Arbore un rictus inquiétant.

 

Nature, le moment viendra où tu reprendras

Le corps de cet animal.

Puisses-tu laisser sur le manteau de l’univers,

La lumière vivace de son regard.

 

Mantra des vagues

Les vagues s’élèvent vers un « A » majuscule,

S’écroulant en fracas dans le lit de la grève.

La nappe blanche roule d’un « Mour » écumant,

bu par le sable en une libation éternelle.

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Salutation automnale

Rôties de bruns, d’or et de pourpre,

Il est de ces feuilles peintes par l’Esprit de l’Automne,

Placées patiemment du bout de sa brindille par des doigts éthérés,

Comme le bienveillant se joue des braises avec son tisonnier.Image