Joconde éveillée

 

Dans ce chandelier de visages,
je n’aurai connu qu’une seule bougie
celle de ma grand-mère assise à gauche,
flamme noire et sauvagine, Joconde éveillée…
Père et mère à la pointe du triangle familial,
regard dissuadant d’une quelconque intrusion
dans cet édifice de bronze orné d’angelots costumés.
Je connais si peu de leur vie de cuir et de bois…
Impression de toucher des ailes de papillon
qui tombent en cendres, un acte de notaire
qu’on ne peut plus lire, un emprunt russe
dont je ne sais que faire.
Cette photo, je lui rends un ultime hommage,
je lui sais assez de force pour nous faire entendre,
le bruit des pas, une chaise qui grince
et un soupir qui nous interroge depuis ce salon d’argent.

p1925 Famille Pradel

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Jambes blanches

Encore une sagesse sans livre…
un trio de petits destins qui ont partagé une danse
le temps d’une vie, d’une année, d’une partie de pêche,
Oui, ne prétendons pas être autre chose que ce que nous sommes,
tenons nous la barbichette dans la salle de l’éternité,
demandons aux anges s’ils n’ont pas une cigarette,
disons au Seigneur que nous préférons un verre de vin,
et chantons du Piaf devant l’autel…
Oui, bien sur on sera sérieux, mais pas tout de suite
pas avant d’avoir fini de courtiser,
d’avoir envie de cerises à l’eau de vie,
d’essayer ce nouveau chemisier
et d’attraper les écrevisses le pantalon relevé
sur des jambes blanches et fragiles…

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Dewaere

Je ne connais de lui que cette impression dans la poitrine qu’il me laissait à chacune de ses apparitions…
Il y a ce visage aux mâchoires crispées
d’un garçonnet qui vient de se battre.
Que faire dans ce monde ?
Faire sienne l’épitaphe de Gérard de Nerval ? (*)
Non, beau garçon, il y a encore les femmes…
Soyons dragueur, direct, maladroit ou mystérieux
mais bienveillant.

Une autre femme, même pour de faux,
une autre actrice, pour mieux pleurer dans ses bras…

Alors, tu l’imagines, ouais, il arriverait là maintenant, le mec,
avec son marcel bleu moulé sur les pectoraux,
il nous regarderait tous, le menton provoquant,
à cette époque j’essayais de lui ressembler,
il me dirait « dégage morveux », se lèverait de table, n’y tenant plus,
et d’un rire nerveux, le regard affolé :
« je lève mon verre à la plus belle bande de salopards réunis
autour de cette table… »
(*)(et quand vint le moment, où las de cette vie, un soir d’hiver,
enfin l’âme lui fut ravie, il s’en alla disant, pourquoi suis-je venu?)

patrick dewaere coup de tete

Septembre

Je fus convoqué par cette femme
alors que je n’étais pas encore né…
« est-ce bien raisonnable, lui dis-je, je ne suis encore
qu’une abstraction, je n’arrive pas à me tenir droit… »
« Tu es déjà mon fils et je te sens impatient… » me dit-elle.
L’avenue de Grammont était fleurie de boutiquiers,
cageots de légumes, merceries, garages d’où sortait
une fourgonnette en tôle ondulée, magasin Lefroid.
puis une zone déserte où personne ne se hasarde,
elle habitait là, un logement sombre. Peinture au plomb.
Minuscule table où nous nous regardâmes,
« La vie à besoin de vide, me dit-elle, la source
ne coule pas toujours et ressemble plutôt à ce robinet qui goutte,
à un jour de rien, comme la chanson des grillons, l’été… »
elle se leva et reprit sa routine, tout devint flou et lointain,
je mis du temps à m’en remettre et me fis attendre,
dix jours de paresse d’être né en septembre…

91128

Nice

Une seule fois, je suis allé passé mes vacances chez ma grand mère à Nice,
elle habitait rue Cadei et ne sortait plus.
je descendais par l’ascenseur grillagé et j’allais voir le vieil épicier du bas de l’immeuble,
il m’appelait « perroquet savant »…
« alors perroquet savant, que vas-tu faire aujourd’hui ? »
« je m’ennuie monsieur »
j’aimais l’odeur écœurante de l’épicerie, le melon, les bananes trop mures.
J’arpentais les rues en pleine fournaise, le désert aux volets clos, on entendait les gens à table…
je marchais jusqu’à l’église russe.
J’ai retrouvé cette photo, le grand père avait eu un poste en Syrie, ils rentraient alors en Europe…
Je suis repassé par ces rues il y a quelques années,
au fur et à mesure que je montais aux arènes de Cimiez,
un parfum poudré exhalait autour des villas années 30
La brise susurrait les mots de Charles Trenet
où étais-je ?

91113

Les mains…

 

Un silence ancien, c’est tout ce qu’il reste après ces cordes pincées,
Et pourtant…
les regards percent, les mains se trouvent,
ce jour encore, la bougie du cœur s’est allumée sans peine,
un jour lointain…
la robe à pois et la balalaïka comme défis aux tourments du siècle,
Une paix de bronze sur les visages…
Ces gens de la famille, délicieux fantômes,
s’étreignant les mains pour l’éternité,
Les plantes se sont penchées toutes seules à leurs pieds,
pour écouter les histoires, les chansons…

oui la paix sur leurs visages me fait du bien.img067

Echoes

Pompéi et ses désinvoltes demi-dieux,
enfants électriques au regard de loup,
Ainsi, l’amphithéâtre sera ce cercle de l’univers visible,
Où quatre titans éclabousseront de violents torrents
de matière organique,
Constellations de Mason, Waters, Gilmour et Wright
naine blanche de Barrett, explosée en plein vol
et de ce son fossile,
sublimée en couches d’écho et de réverbération
se sculptera une des réponses de l’univers
envers lui-même
et sa propre énigme.

Treasures-of-Pink-Floyd-8