La steppe blanche

 

LA STEPPE BLANCHE

  

 

J’ai vu dans la tourbière

Les plantes aux tiges dressées,

Soulevant avec grâce leur capitule

A la façon d’un cygne coiffé.

  

J’ai vu dans le train

 Où sommeillait un peuple harassé

L’incandescence rose émergeant

De la nuit des steppes.

  

J’ai vu des époques si lointaines,

Des contrées si secrètes,

A travers le fleuve boueux

Et écumant du temps.

  

J’ai vu le feu ravir les chandelles

Puis rougir les sabres,

Éclairer la suie des icônes

Et se répandre dans les bouleaux.

 

Maintenant la voie oblique,

Et doucement les rails s’effacent sous la neige,

Je descends vers mon royaume,

Vers le mystère et l’obscur

Des massives forêts…

 

 

 

 

 

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Naissance d’un faon

 

NAISSANCE D’UN FAON

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Ursael est né le jour où le vent s’amusait à épouvanter les lointains

Et à courber les peupliers en riant.

Dans les haies, les trognes, ainsi que des sentinelles,

Arboraient une écorce cendrée parcheminée de visages aigres et facétieux.

 

La mère s’est laissée guider au fond d’un ravin,

Au couvert de bouleaux et de nerpruns aux doigts acérés.

Tremblante et le visage fripé comme son enfant,

De son œil de lune et de nuit, une lueur de chandelle

Vacille en une offrande absolue.

Le petit, encore nimbé du Mystère,

Enfoui sa tête dodelinante sous le ventre de la mère,

Le dos et les pattes agités de spasmes.

 

La nuit tombe, le duvet des clématites sauvages

Forme ses essaims neigeux au dessus de la litière.

Il se dresse bientôt sur ses sabots luisants,

S’aventure sous le houx qui lui offre son baptême.

 

Maintenant le vent s’engouffre dans les couloirs de la forêt,

Les châtaigniers geignent et le frontis  de la grotte

Arbore un rictus inquiétant.

 

Nature, le moment viendra où tu reprendras

Le corps de cet animal.

Puisses-tu laisser sur le manteau de l’univers,

La lumière vivace de son regard.

 

Mantra des vagues

Les vagues s’élèvent vers un « A » majuscule,

S’écroulant en fracas dans le lit de la grève.

La nappe blanche roule d’un « Mour » écumant,

bu par le sable en une libation éternelle.

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Salutation automnale

Rôties de bruns, d’or et de pourpre,

Il est de ces feuilles peintes par l’Esprit de l’Automne,

Placées patiemment du bout de sa brindille par des doigts éthérés,

Comme le bienveillant se joue des braises avec son tisonnier.Image

MAHENDRADHATTA

MAHENDRADHATTA

 

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Peut être est-ce l’un des noms qu’elle porte,
Cette déesse dont le visage saille sous ma peau
Et dont l’éclat laisse sans défense,
Mes certitudes et mes ignorances.

Mon être est tel un bol d’eau
Recevant le pinceau gouaché,
Infusant une douce couleur
A l’humeur du moment.

Dans son royaume naissent des chutes d’eau,
Maquillées de poissons aux nageoires purpurines
Aux écailles de miroir courtisées par les algues graciles.

Le tigre se prosterne pour s’abreuver ;
Des cris d’oiseaux ricochent sur les gongs rutilants.

Les visions s’enchaînent et s’estompent,
Troublant à peine le paisible liquide
Comme le noyau de marbre d’une statue
S’évapore sous les traits de la déesse.

SEPTENTRION

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Il marchait sur les pavés d’un port breton,
L’œil vide et le corps libre comme une voile.
« Marche petit homme », se disait-il, en traversant
Les champs tirés au cordeau ;
Gardant un œil sur la petite ourse
Et accrochant d’une main le fil invisible
Qui le reliait à l’étoile polaire
Comme un enfant à son ballon.

Les nuages appuyaient sur les champs d’orge
Et dans les rafales de vent grisâtres,
l’air sentait le varech.

Les nuits, il dormait dans les granges,
près des premières forêts de conifères
ou s’abritait sous un arbre,
le froid mordant comme une épée.

Les fleurs se raréfiaient à mesure qu’il progressait vers le nord
et entre deux rochers, il s’allongea
près de celle qui semblait bien être la dernière
avant le grand désert, la neige…

Sur le dernier port, quelques marins virent arriver
cet homme au visage de Christ
et à la barbe de cristaux de givre.
Il voulait un frêle esquif pour atteindre une île
que personne ne connaissait.

Alors les vagues lui semblèrent un gigantesque arpège,
l’onde immortelle d’un son primordial.
Peu à peu il glissa en des contrées inatteignables hors du rêve
et même la brume ne pu le suivre…

CHORAL

CHORAL

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As-tu entendu le choral de pierre fendre ?
Loin du tumulte des grandes villes,
Des salons et des théâtres,
Et de ces murs où il n’aurait de place.

C’est une mélodie étrange
Filigranée dans un suave tissu de brume,
Farouche comme l’ortie,
Brillante comme une fougère de glace.

S’immisçant derrière le chant des grillons
Sous un chemin bleu nuit d’étoiles frémissantes,
Peut être entendras-tu…

Laisse alors monter ce chant.
Ce chant qui dessine des yeux
Sur l’écorce d’un ancien silence.